Par Joseph David Atias, avocat au Barreau de Paris · LinkedIn · Mai 2026
Le marketing d’influence est devenu en quelques années un canal stratégique pour les marques — et l’un des terrains juridiques les plus surveillés par les autorités françaises. Loi du 9 juin 2023, AI Act, RGPD, DSA, contrôles DGCCRF, sanctions ARPP : le cadre s’est densifié au point que toute campagne d’influence non sécurisée juridiquement expose à des risques cumulés massifs. Pour les directions marketing comme pour les fondateurs de marques digitales, la maîtrise du contrat influenceur marque est devenue une compétence indispensable. Cet article fait le point complet sur les obligations 2026 et détaille les clauses essentielles à intégrer.
SOMMAIRE
- Pourquoi 2026 transforme le marketing d’influence
- Le cadre juridique applicable en 2026
- Les 8 clauses essentielles d’un contrat influenceur
- Tableau récapitulatif des sanctions et risques
- Les 5 pièges les plus fréquents à éviter
- Pourquoi faire appel à Atias Avocats
- FAQ — Questions fréquentes
1. Pourquoi 2026 transforme le marketing d’influence
Trois ans après l’adoption de la loi du 9 juin 2023, le marketing d’influence entre dans une nouvelle phase de maturité juridique. Les premières sanctions ont été prononcées, la jurisprudence se construit, et de nouvelles obligations issues de l’AI Act et du DSA s’ajoutent au dispositif initial. Pour les marques comme pour les agences, négliger la dimension juridique d’un contrat influenceur marque expose à des risques sans précédent.
1.1 Le bilan trois ans après la loi influence
Adoptée à la suite de scandales médiatiques majeurs, la loi du 9 juin 2023 a posé un cadre structurant inédit en France. Trois ans plus tard, le bilan est contrasté : la conformité formelle a fortement progressé (mentions publicitaires plus systématiques, contrats écrits plus fréquents), mais des angles morts persistent (cessions de droits incomplètes, clauses bad buzz absentes, gestion approximative des mineurs). La DGCCRF a multiplié les contrôles ciblés sur des secteurs sensibles : cosmétiques, compléments alimentaires, cryptoactifs, fintech.
1.2 Les nouvelles obligations IA et deepfakes
L’AI Act ajoute depuis 2025 une couche d’obligations spécifiques : tout contenu généré ou modifié significativement par IA doit être signalé comme tel (article 50). Cette obligation s’applique pleinement aux campagnes d’influence utilisant des deepfakes, des images retouchées par IA générative, ou des contenus synthétiques. La loi du 9 juin 2023 prévoyait déjà une obligation similaire au niveau national — l’articulation entre les deux régimes doit désormais être maîtrisée précisément dans chaque contrat influenceur marque.
1.3 La responsabilité solidaire renforcée
L’article 8 de la loi du 9 juin 2023 instaure une responsabilité solidaire entre la marque, l’agent d’influenceur et l’influenceur lui-même. Cette responsabilité solidaire est l’un des points les plus structurants du nouveau cadre : la marque ne peut plus se retrancher derrière le statut indépendant de l’influenceur. Toute violation des obligations légales peut être imputée directement à la marque, indépendamment des stipulations contractuelles internes. Cette évolution change radicalement le calibrage des clauses de garantie du contrat influenceur marque et de recours du contrat.
2. Le cadre juridique applicable en 2026
Maîtriser le contrat influenceur marque en 2026 suppose une vision claire des textes applicables. Plusieurs corpus juridiques se cumulent — leur articulation détermine la solidité du contrat influenceur marque et l’étendue des risques et l’étendue des risques.
2.1 La loi du 9 juin 2023 et ses décrets
La loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale et à lutter contre les dérives constitue le socle français. Elle définit l’influenceur, encadre les agents d’influenceurs, impose le contrat écrit au-delà d’un seuil, instaure la responsabilité solidaire et liste les pratiques interdites. Plusieurs décrets d’application ont précisé en 2024 et 2025 les seuils, les mentions obligatoires et le statut des agents — ces textes doivent désormais être intégrés dans tout contrat sérieux.
2.2 Les mentions obligatoires (publicité et IA)
Deux familles de mentions obligatoires structurent désormais les campagnes. Pour la nature publicitaire : mention explicite « Publicité » ou « Collaboration commerciale » visible et lisible, sans ambiguïté possible. Pour les contenus IA : mention spécifique de la modification ou de la génération par intelligence artificielle, en application cumulative de la loi influence et de l’article 50 de l’AI Act. L’omission de ces mentions est l’un des manquements les plus fréquemment sanctionnés. Pour aller plus loin, consultez nos services en matière de contrats informatiques.
2.3 Les pratiques interdites ou strictement encadrées
La loi du 9 juin 2023 interdit ou encadre strictement plusieurs catégories : chirurgie esthétique non médicale, produits de vapotage et nicotine, jeux d’argent et de hasard hors cadre ANJ, paris sportifs sans agrément, abstention thérapeutique. Pour les cryptoactifs et NFT, la promotion est subordonnée à l’enregistrement PSAN auprès de l’AMF. Pour certains produits financiers, l’agrément AMF est exigé. Toute campagne portant sur ces catégories doit faire l’objet d’une analyse juridique préalable systématique du contrat influenceur marque.
2.4 L’articulation RGPD et DSA
Le RGPD s’applique pleinement aux campagnes d’influence : collecte de données via les jeux-concours, ciblage publicitaire, retargeting. Le DSA (Digital Services Act) impose aux plateformes des obligations de transparence sur les publicités politiques et commerciales — qui se répercutent indirectement sur les campagnes d’influence. Pour aller plus loin, consultez nos services en matière de protection des données personnelles.
3. Les 8 clauses essentielles d’un contrat influenceur
Un contrat influenceur marque solide se structure autour de huit clauses complémentaires. L’omission de l’une d’entre elles fragilise systématiquement la sécurité juridique de la campagne et augmente l’exposition aux risques.
3.1 La définition précise des prestations
La clause des prestations doit décrire avec précision ce qui est attendu : nombre et nature des publications (posts Instagram, stories, Reels, vidéos TikTok, contenus YouTube, articles blog), plateformes concernées, période de diffusion, calendrier éditorial, durée de maintien en ligne, droits de revue ou non par la marque. Une définition floue est une source majeure de litiges et empêche toute action efficace en cas d’inexécution partielle.
3.2 Les mentions publicitaires et conformité
Cette clause impose explicitement à l’influenceur le respect des mentions publicitaires obligatoires (loi du 9 juin 2023), avec formulation et placement précis. Elle impose également les mentions IA si applicables. Elle prévoit le contrôle par la marque avant publication ou, à défaut, un mécanisme de retrait immédiat en cas de manquement constaté. Cette clause est aujourd’hui le centre de gravité juridique du contrat.
3.3 La cession des droits d’image et de propriété intellectuelle
La cession de droits d’image et de droits d’auteur sur les contenus produits doit être rédigée conformément à l’article L.131-3 du Code de la propriété intellectuelle : énumération distincte de chaque droit cédé (reproduction, représentation, adaptation), territoires précis, durée définie, supports énumérés, exploitation commerciale ou non commerciale. Une cession imparfaite limite considérablement la valeur opérationnelle de la campagne pour la marque.
3.4 La clause AI Act et deepfakes
Spécificité de 2026, cette clause encadre l’usage de l’IA générative par l’influenceur : autorisation ou interdiction de modifier les contenus par IA, obligation de mention explicite, interdiction des deepfakes non signalés conformément à l’article 50 de l’AI Act, sanctions contractuelles en cas de manquement. Cette clause est devenue indispensable depuis que la majorité des influenceurs utilisent des outils IA pour le montage, le filtrage ou la génération de contenus.
3.5 La confidentialité et l’exclusivité
La clause de confidentialité protège les informations sensibles de la marque échangées pendant la collaboration : stratégie marketing, données commerciales, briefs créatifs, négociations. La clause d’exclusivité encadre la possibilité pour l’influenceur de collaborer avec des marques concurrentes pendant et après la campagne. Cette dernière doit être calibrée : trop large, elle peut être déclarée nulle ; trop étroite, elle expose à des conflits d’intérêts.
3.6 La rémunération et la kill fee
La clause de rémunération doit préciser : montant et modalités de paiement, échéancier, conditions d’exigibilité (publication effective, atteinte de KPI, validation par la marque). La kill fee est une indemnité due à l’influenceur en cas de résiliation par la marque avant publication — son montant et ses conditions doivent être encadrés précisément pour éviter les contentieux ultérieurs.
3.7 Le bad buzz et la résiliation
La clause « bad buzz » est devenue indispensable. Elle prévoit les conditions de résiliation immédiate du contrat influenceur marque en cas de comportement de l’influenceur portant atteinte à l’image de la marque : propos polémiques, comportement illégal, scandale public, dérapage médiatique. Elle doit définir précisément les déclencheurs, les modalités de résiliation, le sort des sommes déjà versées et l’obligation de retrait des contenus déjà publiés.
3.8 La responsabilité et les garanties
Compte tenu de la responsabilité solidaire instaurée par la loi du 9 juin 2023, la clause de responsabilité doit organiser le recours interne entre la marque et l’influenceur. L’influenceur doit garantir le respect des obligations légales (mentions, contenus, IA), la véracité de ses déclarations sur ses audiences, le respect des droits des tiers (musiques, images, marques utilisées). En contrepartie, la marque garantit la conformité de ses propres engagements et la véracité des informations fournies sur les produits promus.
4. Tableau récapitulatif des sanctions et risques
Le tableau ci-dessous synthétise les principaux risques juridiques d’un contrat influenceur marque mal sécurisé et les sanctions encourues selon les textes applicables.
| Manquement | Fondement | Sanction max |
|---|---|---|
| Défaut mention publicitaire | Loi 9 juin 2023 art. 5 | 300 000 € + 2 ans prison |
| Promotion produit interdit | Loi 9 juin 2023 art. 4 | 300 000 € + 2 ans prison |
| Deepfake non signalé | AI Act art. 50 | 15 M€ ou 3 % CA |
| Cryptoactifs sans PSAN | Code monétaire AMF | 75 000 € + 2 ans prison |
| Pratique commerciale trompeuse | C. consommation L.121-1 | 300 000 € + 2 ans prison |
| Violation RGPD ciblage | RGPD art. 83 | 20 M€ ou 4 % CA |
| Atteinte aux mineurs | Loi 9 juin 2023 + Code pénal | Sanctions aggravées |
| Contrefaçon contenu tiers | CPI L.335-2 | 300 000 € + 3 ans prison |
Note : la responsabilité solidaire de l’article 8 de la loi du 9 juin 2023 permet aux autorités de sanctionner indifféremment la marque, l’agent ou l’influenceur — y compris pour des manquements imputables uniquement à l’un d’entre eux.
5. Les 5 pièges les plus fréquents à éviter
Cinq pièges récurrents compromettent les campagnes d’influence pourtant bien intentionnées. Les anticiper dans la rédaction du contrat influenceur marque permet d’éviter la quasi-totalité des contentieux observés en pratique.
5.1 Le contrat verbal ou simplifié
Le piège le plus fréquent reste l’absence de contrat écrit ou la signature d’un document trop succinct (échange de mails, brief créatif, devis simple). Cette pratique, encore courante pour les collaborations à faible montant, est désormais illégale au-delà du seuil fixé par décret — et reste juridiquement risquée en deçà. Un contrat structuré, même léger, est toujours préférable à un échange informel insuffisamment précis pour résoudre un litige.
5.2 L’oubli des mentions obligatoires dans le brief
Un contrat influenceur marque conforme ne suffit pas : encore faut-il que l’influenceur applique effectivement les mentions obligatoires dans ses publications. L’omission classique est de stipuler l’obligation dans le contrat mais d’oublier de la rappeler explicitement dans le brief créatif et de vérifier sa mise en œuvre avant publication. Un mécanisme de relecture systématique avant chaque publication est devenu indispensable pour les campagnes à enjeu.
5.3 La cession de droits d’image incomplète
Beaucoup de contrats prévoient une cession globale « tous droits », formulation juridiquement insuffisante au regard de l’article L.131-3 du CPI. Cette imprécision permet à l’influenceur de contester l’usage des contenus par la marque ultérieurement — sur d’autres supports, dans d’autres campagnes, dans d’autres territoires. La rédaction doit être technique et exhaustive pour sécuriser la valeur d’usage durable des contenus produits.
5.4 La négligence des cibles spécifiques (mineurs, secteurs sensibles)
Lorsque la campagne vise les mineurs ou concerne des secteurs sensibles (alcool, santé, finance, cosmétiques), des règles renforcées s’appliquent : restrictions de contenu, mentions complémentaires, autorisations préalables, contrôles renforcés. La rédaction du contrat doit anticiper ces spécificités sectorielles. Ignorer ces règles expose à des sanctions aggravées et à un risque réputationnel disproportionné.
5.5 L’absence de clause bad buzz opérationnelle
Trop de contrats négligent la clause bad buzz, ou la rédigent de manière trop vague pour être opérationnelle. En cas de scandale impliquant l’influenceur, la marque doit pouvoir suspendre immédiatement la collaboration, exiger le retrait des contenus, et limiter l’écho médiatique négatif. Une clause précise (déclencheurs, modalités, sort des sommes versées, droit d’image post-rupture) est devenue un standard professionnel non négociable.
6. Pourquoi faire appel à Atias Avocats
Sécuriser juridiquement une campagne d’influence en 2026 exige une triple compétence rare : maîtrise du droit de la publicité et du marketing (loi du 9 juin 2023, code de la consommation, DGCCRF, ARPP), expertise du droit du numérique (AI Act, RGPD, DSA, propriété intellectuelle), et connaissance opérationnelle des pratiques de marché (codes de conduite, usages plateformes, stratégies bad buzz). Cette combinaison est précisément la valeur ajoutée d’un cabinet spécialisé.
Atias Avocats accompagne marques, agences d’influence, scale-ups et grands comptes dans la sécurisation de leurs campagnes : rédaction de contrats influenceurs sur-mesure, audit de contrats existants, mise à jour des modèles standards face aux évolutions 2025-2026, négociation avec les influenceurs et leurs agents, accompagnement des contentieux et des situations de bad buzz, formation des équipes marketing aux nouvelles obligations.
Conclusion
Le marketing d’influence n’est plus un terrain de jeu juridique flou : c’est désormais l’un des canaux marketing les plus encadrés en France. Loi du 9 juin 2023, AI Act, RGPD, DSA, contrôles cumulés DGCCRF et ARPP : l’environnement réglementaire impose une rigueur contractuelle que peu d’acteurs ont encore pleinement intégrée. Pour les marques, l’enjeu est double : éviter les sanctions financières et pénales d’un côté, préserver leur image et leur capital de confiance de l’autre.
Un contrat influenceur marque bien rédigé est aujourd’hui un actif stratégique. Il sécurise la conformité légale, organise précisément la collaboration, protège la valeur des contenus produits, et offre des recours efficaces en cas de manquement ou de bad buzz. L’investissement requis est modeste au regard des risques encourus et de l’effet de levier sur la performance globale de la campagne. Pour les directions marketing comme pour les fondateurs, le moment d’industrialiser cette rigueur juridique est précisément maintenant — avant que le prochain contrôle ou le prochain scandale ne révèle des fragilités évitables.
FAQ — Questions fréquentes
Le contrat écrit avec un influenceur est-il obligatoire en France ?
Oui, depuis la loi du 9 juin 2023 visant à encadrer l’influence commerciale. Au-delà d’un seuil fixé par décret, un contrat écrit entre la marque et l’influenceur est légalement obligatoire. Ce contrat doit comporter des mentions précises : identité des parties, nature de la prestation, rémunération, droits cédés, durée. L’absence de contrat écrit expose la marque et l’influenceur à des sanctions, et complique considérablement la résolution des litiges en cas de bad buzz ou de manquement.
Quelle est la responsabilité solidaire de la marque vis-à-vis de l’influenceur ?
La loi du 9 juin 2023 instaure une responsabilité solidaire entre la marque, l’agent d’influenceur et l’influenceur en cas de manquement aux obligations légales : défaut de mention publicitaire, promotion de produits interdits, omission du signalement IA. Cette responsabilité solidaire signifie que la marque peut être tenue de répondre directement des manquements de l’influenceur, indépendamment de toute clause contractuelle interne. Il est donc essentiel de structurer le contrat pour prévoir des engagements stricts de l’influenceur et des mécanismes de recours interne.
Faut-il signaler les contenus générés par IA dans les campagnes d’influence ?
Oui, plusieurs textes convergents l’imposent. La loi du 9 juin 2023 oblige à signaler tout contenu modifié par IA susceptible d’induire en erreur sur la réalité du produit ou de la personne. L’AI Act (article 50) impose aux déployeurs de systèmes IA générant des deepfakes de divulguer leur caractère artificiel. Concrètement, toute image retouchée significativement, toute vidéo deepfake, tout contenu synthétique doit faire l’objet d’une mention explicite dans le post. Les sanctions cumulées peuvent dépasser 35 millions d’euros pour les manquements graves.
Quelles sont les pratiques interdites dans les campagnes d’influence en 2026 ?
La loi du 9 juin 2023 et ses décrets d’application interdisent ou encadrent strictement plusieurs catégories de promotion : chirurgie esthétique non médicale, produits de nicotine et vapotage, jeux d’argent et de hasard sans licence ANJ, certains produits financiers risqués (sans agrément AMF), abstention thérapeutique, paris sportifs hors cadre légal. Pour les cryptoactifs et NFT, la promotion est désormais subordonnée à un enregistrement PSAN auprès de l’AMF. Toute violation expose marque et influenceur à des sanctions pénales et administratives lourdes.
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Atias Avocats — Droit du numérique, Marketing d’influence, AI Act, RGPD